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assistante maternelle aux gens de la terre

Les boules puantes de l'enfance

Le père dit: "Heureusement que nous sommes deux (parents), c'est quand même plus facile...parce-qu' on peut vite péter les plombs! Et puis, il vaut mieux être équilibrés et bien dans ses baskets...!".  Evidence!

Bien sûr que cette phrase percute fort, surtout venant de gens justement équilibrés, bien dans leurs baskets, leur rôle de parents et dans le couple, bien dans leur vie et leur profession respective. Et pourtant, ils ont parfois le sentiment que c'est galère d'élever des enfants!

C'est Ici, dans cet interstice que peut naître des maltraitances...de la part des adultes...qui vont déraper, doucement au début, pour des choses "réglables" chez un enfant. Un peu de fatigue, un peu d'impatience, un peu d'inquiétude, un peu d'irritabilité, un peu de vexation, un peu de faiblesse, un manque de courage, un peu d'incivilité, un peu de je-m'en-foutisme. Le paraître devant les voisins et les amis. Un défis éducatif à relever. Un peu d'incertitude, un peu d'ignorance des choses de l'enfance, un peu de désespoir, un complexe non résolu, une agressivité mal gérée. Un peu d'incohérence. Des convictions. Ils vont déraper plus souvent. Un peu d'autorité inadaptée, un peu d'exigence inappropriée. La répétition, les excès, les cris, les pleurs, les hurlements, les maladresses, les pipis au lit. L'enfant idéal se brise. Il n'est ni calme, ni sage, ni enfant modèle, il parle sans cesse, il s'oppose, il ment, se bagarre. Il ne dit pas bonjour, il renverse son verre, il s'échappe, se cache, il casse ses affaires, il désobéit. Les premières tapes, les premières fessées. Les parents dérapent crescendo.On doute. On crie, on se bat. On s'approprie l'enfant, on le manipule pour le monter contre l'autre, on lui fait du chantage affectif, on le néglige, on le frappe plus fort, parce-qu'il a grandi. On l'incrimine, on lui ment, on le compare aux autres qui sont mieux. On l'insulte. On le dénigre.On joue d'autoritarisme. On le traite comme un égal. On fuit les obligations.On néglige sa santé, son bien être, sa scolarité, ses fréquentations. On se perd. On en oublie l'éducation. On est en lutte contre son propre enfant. On perd son bon sens. On perd son rôle de parent, d'adulte, d'éducateur, d'accompagnant. 

Les situations se répètent, s'installent, deviennent régulières. Puis des automatismes de la maltraitance s'ancrent dans le système. On devient des destructeurs d'enfants.

Le grand drame, c'est d'oublier qu'un enfant est un enfant. Il n'est pas égal à l'adulte. Il est en plein apprentissage de tout. Un enfant naît avec de grandes qualités et de grandes capacités, mais il ne naît pas muni de tous nos codes, nos habitudes, nos règles, nos idéaux, nos lois. Un enfant ne naît pas avec un self-défense contre l'adulte. Il est à sa merci. Il se pliera à la maltraitance de ses parents parce-que ce sont ses parents. Il aura même l'audace de les aimer toujours... Parce-qu'un enfant a cette immense qualité de laisser à ses parents plus de chances de se rattraper de leurs erreurs et maladresses éducatives qu'eux mêmes ne pourraient le faire pour lui. L'enfant est un enseignant. Il montre à ses parents ce qui est bon pour lui, ou pas.

 Le second grand drame, c'est de ne pas se rendre compte que l'enfant est un miroir pour ses parents et surtout qu'il réagit en miroir face aux adultes. La relation enfant/adulte est une succession d'action-réaction-action-réaction, de part et d'autre. En miroir, l'enfant se comporte d'une manière qui est fonction de son âge. L'enfant qui n'a pas obtenu ce qu'il désire et se roule par terre dit avec son corps "Regardez comme je ne suis pas content du tout, je n'ai pas eu ce que je désire!"  

Soit l'adulte (1) agit en adulte droit, en modèle honnête, sécurisant, cohérent, réconfortant et sûr de sa décision (Ce n'est pas bon pour l'enfant, pas adapté, il est trop tard, donc c'est NON). Et l'adulte reste sur sa décision, c'est non-négociable.

Soit l'adulte(2) agit en adulte "très" attentif à la moindre petit contrariété, il est sentimental. L'enfant perçoit le doute. Il se roule à nouveau par terre. L'adulte lâche sa décision et cède face à la "détresse". Je parie cent dollars que l'enfant recommencera tant que son adulte n'aura pas appris à tenir sa décision!!

 Révision: l'enfant recommence pour vérifier la position, solide ou pas, de l'adulte. L'adulte (1) tient bon. Il tient sa décision parce-qu'il sait que c'est préférable pour l'enfant. L'adulte (2) a compris la leçon. Cette fois,il essaye de tenir sa décision, malgré ses doutes et ses sentiments. A terme, l'enfant passera à autre chose, autrement, ailleurs, selon son évolution.

Si l'adulte (2) cède à nouveau. encore. encore. encore. Le système s'installe. Dans le jeu de miroir enfant/adulte, chacun s'est dit "Ok, on continue comme ça" et l'enfant intégrera que tous ses désirs seront comblés...Je parie deux cents dollars que cet enfant va avoir beaucoup, beaucoup de désirs!

Si l'adulte (2) manque de patience un jour, si il est usé de céder, il peut péter les plombs...

Si l'enfant a face à lui un adulte fragile, incohérent ou violent, soit il subit et ralenti son évolution, soit, sa force de vie s'amplifie pour continuer à s'agiter, développer des compétences provocantes pour "réveiller" ses parents/entourage afin qu'ils acquièrent les compétences éducatives et le cadre nécessaires à son évolution d'enfant.

Le troisième drame, ce sont les adultes aveugles à cela...

Si il s'agit d'une simple question de tolérance à la frustration (exemple que j'ai choisi ici) liée à l'âge et au stade de développement de l'enfant, le problème est aisément résoluble quand on le repère.

Un grand soucis se présente quand l'adulte ne comprend pas que, ce que l'enfant désire n'est pas forcément le bonbon, le jouet ou la sortie qui vient de lui être refusé, mais que l'objet de sa colère est ailleurs (peut-être). Il faut chercher, se poser des questions, vérifier à quel moment la situation se produit et se reproduit. L'objet de la colère récurrente, fréquente, durable, forte, inconsolable?...l'objet du désir est caché. Il peut s'agir d'un mal de tête fréquent non repéré, d'une mère étouffante, d'un père absent, d'une humiliation passée, ou tout simplement la recherche d'un Cadre solide, stable et sécure...

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