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assistante maternelle aux gens de la terre

Manger chez Lili 2 (vidéo)

Histoire d'un repas chez Lili

Autour de la table, on ne fait pas que manger.

Des enjeux émotifs, affectifs, éducatifs.

Que nous devenions parent ou assistante maternelle, la question du "manger" est une question primaire. En plus d'être liée à nos besoins biologiques, elle est aussi source de mille interrogations potentiellement problématiques !

- Questions de contenants et de contenu ! (Biberon en verre, en plastique, tétine en silicone, en caoutchouc, assiette creuse, plate, petite, grande, décorée, neutre, lait en poudre, de vache, de chèvre,...!!)

- Questions de qualité et de quantité ! ( Bio/pas bio, un peu, beaucoup, combien de grammes, combien de litres, marché/superette, à volonté, à la demande...!!)

-Questions de goûts et d'appétit ! (Petit mangeur, grand gourmand, sucré, salé, graisse, régime, "difficile", "facile", entrée, plat,laitage, dessert...froid, chaud..!!)

- Questions de traditions familiales, d'éthique et de mode (Rapport à la nourriture, végétarisme, nostalgie de la blanquette de veau de grand-mère, fastfood, budget alimentation...!!)  

- Questions de politesse et d'avenir (les codes sociaux, la serviette, les règles du collectif, goûter la nouveauté, rester assis, manger ensemble, hygiène...!! ) 

- Questions relationnelles (Rapports entre nous, différences de chacun, seuil de tolérance de chacun, qui a le droit de faire quoi selon son âge...!!)

- Questions de compétences gastronomiques (Qui fait la cuisine? comment, quels produits, quel rythme, quel plaisir...!!)

Je me suis demandé ce qui était le plus important pour moi concernant les repas des Gribouilles. Plein de petites phrases toutes faites viennent en tête, comme des choses apprises, entendues, convenues: "on finit son assiette", "on goûte à tout", "on reste assis", "on attache bébé dans la chaise haute", "on diversifie à tel âge", "un enfant doit manger des morceaux à tel âge", "quantité déterminée selon l'âge". Tous ces principes sont nombreux et nous bousculent parce-que le propre de l'enfant...c'est de ne pas rentrer dans les cases que l'adulte dessine à son intention.  Alors? Que dois-je faire avec ce gros paquet de principes? Je le porte? Je le fais porter à l'enfant? Suis-je en accord avec moi-même si je fais ceci ou cela? Quelle est la teneur du principe? Morale- religion- sécurité- éducation- fidélité filiale- ordre-autorité- hygiène- équilibre biologique- équilibre psychique-législation- saison-tendance générale- convenance sociale...???

Et j'ai tenté de me positionner clairement par rapport à tout ça afin que cela devienne un plaisir simple, tout en conservant un positionnement professionnel. Et je suis décidée: Vouloir jouer les "Bonnes Mères", "bonnes nourricières", "bonnes assmat"est un jeu incertain, car à vouloir être "bonne", on peut avoir des actions "mauvaises" (mal évaluée)!!! Est-ce que tous le monde me suis?! Simplement, en partant de l'idée que l'on est "bonne" ou "mauvaise" dans telle ou telle action, on intègre dans le repas une notion morale. J'utilise encore cette vilaine phrase, tous les jours: "Gribouille a bien mangé ce midi"!! C'est NUL !!! Je travaille à effacer ce réflexe verbal, qui ne fait que me complimenter, moi, la bonne assmat qui a bien fait manger le petit...

"Manger" n'est pas moral, c'est vital! C'est la vie! C'est vivre!! Voilà pourquoi il se passe tant de choses pendant un repas. Inutile d'y ajouter de la morale, de la culpabilité et de l'autorité en excédant!!

Avec l'expérience,  je sais aujourd'hui qu'un repas avec 4 gribouilles autour de la table est riche en événements et en échanges, donc pourquoi irais-je polluer ce contexte quotidien avec des principes. Les principes sont un frein. Ils empêchent la remise en question. Ils orientent notre regard d'adulte sur des priorités qui ne sont pas celles des enfants.

 Un enfant a une alimentation variable selon son âge, son humeur, ses besoins.

Quatre enfants ensemble ont une alimentation variable au quadruple! En plus des différences d'âges, d'humeur et de besoins, jouent l' ambiance générale, l'influence des petits camarades, l'absence des parents, dans une autre maison que la leur, l'adaptation aux habitudes de l'assistante maternelle, le respect d'autrui démultiplié et la propositions de plats différents de la maison. 

Ainsi, je n'ai pas de principes gravés dans la pierre. Je suis les parents de mon mieux dans leurs demandes et propositions, j'ai quelques règles qui ne changent JAMAIS, puis je laisse le champs des possibles ouvert. 

C'est ainsi que le repas est une aventure différente chaque jour. Les gribouilles en constante évolution, vont à chaque repas proposer de nouvelles orientations. Il ne me reste plus qu'à observer, suivre, rebondir, utiliser ou temporiser.

C'est une ambiance à recréer chaque jour, en fonction de l'état d'esprit de chacun et des gribouilles en présence. Mes plannings sont variables, donc l'assemblée de gribouilles l'est aussi. Parce-qu'il y a une ambiance à reconstruire quotidiennement , il est important pour moi de mettre de la stabilité dans ces changements journaliers. Donc, j'assure aux gribouilles une assurance et des garanties sur certains points: ne pas forcer, ne pas insister outre mesure, ne pas truquer les dés (mélanger les légumes avec le yaourt pour que l'enfant finisse absolument, dissimuler un aliment en sachant pertinemment qu'un enfant ne l'aime pas). J'ai 2 principes de base: faire de son mieux pour se tenir correctement (à peu prêt!) et rester à table ensemble (jusqu'à une certaine limite!). J'ai 2 enjeux éducatifs: Ne pas jeter la nourriture et papoter pour se connaitre mieux.

Durant un repas, il y a des jeux d'influence à raisonner: un enfant n'a pas faim, va influencer celui qui avait faim mais qui fait finalement comme le copain.

Durant un repas, il y a une construction de l'autonomie de chacun à observer et favoriser: choisir son bavoir, manger seul, touiller, choisir beurre ou crème fraîche, mettre la table, monter seul sur sa chaise, reconnaître Sa chaise personnelle, apprendre à écouter son appétit, gérer la faim dépendante de l'humeur (goinfrerie, nervosité), ne pas utiliser son appétit comme un moyen de chantage, se concentrer, respecter son voisin dans sa différence,  écouter ce que dit l'autre, comprendre la nécessité des consignes...

Je pose ainsi certaines orientations éducatives, au cours du repas, l'air de rien....c'est comme parler à quelqu'un en voiture...(astuce d'éduc!) L'air de rien, en voiture, face à la route, des mots et messages peuvent se transmettre sans la difficulté du face à face. 

 

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